Les informations d’easyvote sont plus compréhensibles que celles du Conseil fédéral

La brochu­re rouge par laquel­le le Con­seil fédé­ral expli­que les pro­jets de loi avant les vota­ti­ons est moins bien com­pri­se par la majo­rité des élec­teurs que les infor­ma­ti­ons publiées par easy­vo­te. Mais ce sont les vidé­os expli­ca­ti­ves qui sont le plus appré­ciées. C’est ce que mont­re une étu­de de l’Université de Ber­ne qui com­pa­re les infor­ma­ti­ons sur les vota­ti­ons.

Deut­sche Ver­si­on

La par­ti­ci­pa­ti­on poli­tique de la popu­la­ti­on est décisi­ve pour le bon fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie (Milic et al. 2014 : 379). Pour­tant, en Suis­se, moins de la moi­tié des citoy­ens exer­cent leur droit de vote. Il s’ensuit que la légiti­mité démo­cra­tique des déci­si­ons est sou­vent sujet­te à polé­mi­que (Milic et al. 2014 : 380, Rothen­büh­ler et al. 2012 : 4). Pour­tant, la capa­cité de se for­ger une opi­ni­on est une con­di­ti­on préal­ab­le à la par­ti­ci­pa­ti­on à un scru­tin. On sait main­ten­ant, par exemp­le, qu’il est très peu pro­bable qu’une per­son­ne éprou­vant des dif­fi­cul­tés à déci­der de voter oui ou non par­ti­ci­pe­ra au vote.

Alors com­ment les élec­teurs peu­vent-ils s’informer sur l’objet d’une vota­ti­on? Dans les années 1970, le peup­le a déci­dé que le Con­seil fédé­ral dev­rait désor­mais publier des expli­ca­ti­ons “brè­ves” et “objec­tives” en vue de chaque vota­ti­on. La “brochu­re expli­ca­ti­ve”[1] est un stan­dard depuis 1977. Le Con­seil fédé­ral rem­plit son devoir d’information.[2] Mais il se trouve que la brochu­re expli­ca­ti­ve fait tou­jours l’objet de cri­ti­ques. Tan­dis que cer­ta­ins s’interrogent sur son con­te­nu et se demandent notam­ment si elle don­ne des infor­ma­ti­ons neu­tres, d’autres affir­ment que ces infor­ma­ti­ons four­nies par le Con­seil fédé­ral sont beau­coup trop com­ple­xes et incom­pré­hen­si­bles pour de nom­breux élec­teurs. C’est là qu’entre en jeu easy­vo­te, un pro­gram­me de la Fédé­ra­ti­on Suis­se des Par­le­ments des Jeu­nes (FSPJ), qui s’est fixé pour objec­tif de s’adresser aux jeu­nes citoy­ens et de les moti­ver, au moy­en d’informations faci­le­ment com­pré­hen­si­bles et neu­tres, à par­ti­ci­per à la poli­tique.

Métho­des
Jusqu’à pré­sent, aucu­ne enquête sys­te­ma­tique n’a été menée sur la maniè­re dont les dif­fé­ren­tes infor­ma­ti­ons con­cer­nant les objets sou­mis à vota­ti­on sont com­pri­ses par la popu­la­ti­on, ni sur la ques­ti­on de savoir si les infor­ma­ti­ons d’easyvote sont réel­le­ment per­çu­es com­me plus simp­les et plus com­pré­hen­si­bles que cel­les du Con­seil fédé­ral, qui sont pré­pa­rées et publiées par la Chan­cel­le­rie fédé­ra­le. Nous avons exami­né ces ques­ti­ons dans le cad­re d’une enquête auprès de la popu­la­ti­on et en nous basant sur des expé­ri­en­ces anté­cé­den­tes. Con­crè­te­ment, nous avons dif­fu­sé au hasard des infor­ma­ti­ons du Con­seil fédé­ral ou d’easyvote. Aus­si bien le Con­seil fédé­ral qu’easyvote publi­ent leurs infor­ma­ti­ons sous la for­me d’une brochu­re ou d’un clip vidéo. On a ensui­te deman­dé aux répondants d’évaluer les infor­ma­ti­ons reçu­es selon divers critè­res. Cet arti­cle trai­te­ra des dif­fé­ren­ces qui res­sor­tent de l’évaluation de la com­ple­xité, de l’utilité et de la cré­di­bi­lité des infor­ma­ti­ons, ain­si que des impli­ca­ti­ons qui en décou­lent.

Bien enten­du, not­re appro­che ne per­met pas de déter­mi­ner si et com­ment les dif­fé­ren­tes infor­ma­ti­ons influ­en­cent réel­le­ment le niveau d’information des citoy­ens et leur par­ti­ci­pa­ti­on. Mais nos résul­tats appor­tent des infor­ma­ti­ons sur l’une des plus import­an­tes con­di­ti­ons à cet effet, c.-à-d. sur la façon dont la popu­la­ti­on réa­git à ces infor­ma­ti­ons. Ce n’est que lorsque les infor­ma­ti­ons four­nies par le Con­seil fédé­ral et easy­vo­te sont per­çu­es com­me com­pré­hen­si­bles, uti­les et neu­tres que l’on peut s’attendre à ce qu’elles ent­rent en ligne de comp­te dans le vote du citoy­en.

Critè­res de qua­lité des infor­ma­ti­ons sur les objets mis en vota­ti­on

Pour compa­rer la brochu­re de la Con­fédé­ra­ti­on et les infor­ma­ti­ons d’easyvote, nous tenons comp­te de trois critè­res de qua­lité :

  • Pré­sen­ta­ti­on de l’information : L’information est-elle intéres­san­te et com­pré­hen­si­ble? Il s’agit là, sans aucun dou­te, d’une con­di­ti­on indis­pensable à ce que les citoy­ens puis­sent uti­li­ser le maté­ri­el d’information et qu’il les aide à prend­re une déci­si­on per­ti­nen­te.
  • Uti­lité des infor­ma­ti­ons four­nies : Les infor­ma­ti­ons four­nies sont-elles uti­les et per­ti­nen­tes? Ce critè­re repo­se sur l’idée que l’information sur les vota­ti­ons doit être per­ti­nen­te et uti­le en vue de la pri­se de déci­si­on per­son­nel­le.
  • Objec­tivité de l’information : Les infor­ma­ti­ons sur les deux camps sont-elles objec­tives? Les infor­ma­ti­ons du Con­seil fédé­ral, que beau­coup uti­li­sent com­me source d’information, doiv­ent répond­re à des exi­gen­ces par­ti­cu­liè­re­ment éle­vées en matiè­re d’objectivité, d’exhaustivité et de fia­bi­lité, car la pré­ser­va­ti­on de la cré­di­bi­lité des sources est indis­pensable pour garan­tir la légiti­mité de la déci­si­on démo­cra­tique. Mais easy­vo­te doit aus­si répond­re à ces exi­gen­ces.

Pré­sen­ta­ti­on de l’information : les clips vidéo sont plus acces­si­bles et plus attra­y­ants que les brochu­res.

En ce qui con­cer­ne la pré­sen­ta­ti­on de l’information, deux indi­ca­teurs sont pris en con­s­idé­ra­ti­on : d’une part, l’appréciation de l’information du point de vue de sa com­ple­xité et, d’autre part, son attrait aux yeux des répondants (gra­phi­que 1).

Il est frap­pant de con­sta­ter qu’une rela­ti­ve majo­rité des per­son­nes inter­ro­gées con­s­idè­rent que la brochu­re rouge est (plu­tôt) dif­fi­ci­le à com­prend­re, alors que les trois autres infor­ma­ti­ons sur les vota­ti­ons sont majo­ri­taire­ment con­s­idé­rées com­me (plu­tôt) aisé­ment com­pré­hen­si­bles. Les docu­ments les plus aisé­ment com­pré­hen­si­bles s’avèrent être les deux clips vidéo, celui d’easyvote étant con­s­idé­ré com­me encore plus acces­si­ble que celui du Con­seil fédé­ral. Les infor­ma­ti­ons du Con­seil fédé­ral sont donc plus dif­fi­ci­les à com­prend­re que cel­les d’easyvote ; d’autre part, les vidé­os sont, en princi­pe, plus faci­les à com­prend­re que les brochu­res.

Le tableau se pré­sen­te de la même maniè­re pour l’évaluation for­mel­le des infor­ma­ti­ons sur les vota­ti­ons. Les clips vidéo d’easyvote et du Con­seil fédé­ral sont con­s­idé­rés com­me les docu­ments les plus attra­y­ants (sans dif­fé­rence sta­tis­tique selon l’éditeur). Les brochu­res, par cont­re, sont con­s­idé­rées com­me beau­coup moins attra­y­an­tes. Quant à la brochu­re rouge, elle est con­s­idé­rée com­me le docu­ment le moins attra­yant, les publi­ca­ti­ons d’easyvote obten­ant de meilleurs résul­tats.

Graphique 1 : comparaison formelle des informations sur les votations

Remarques : graphique du haut : selon le test de Wilcoxon, toutes les différences d’appréciation sont statistiquement significatives pour une part de 95 % ;
graphique du bas : selon le test de Wilcoxon, toutes les différences d’appréciation sont statistiquement significatives pour une part de 95 %, hormis en ce qui concerne la différence ressortant de la comparaison entre les deux clips vidéo.

Easy­vo­te rem­plit ain­si son objec­tif, à savoir la publi­ca­ti­on d’informations simp­les et attra­y­an­tes. Les écarts d’appréciation sont par­ti­cu­liè­re­ment mar­qués en ce qui con­cer­ne les brochu­res mais, avec son clip vidéo, le Con­seil fédé­ral dis­po­se d’un instru­ment qui, du point de vue de l’attrait et de l’accessibilité des infor­ma­ti­ons, lui per­met de riva­li­ser avec easy­vo­te. Il est intéres­sant de noter que l’avantage d’easyvote, en ter­mes de popu­la­rité, ne se limi­te pas à son grou­pe cible, à savoir les jeu­nes élec­teurs. En effet, ces dif­fé­ren­ces d’appréciation con­cer­nant l’attrait et la com­ple­xité de l’information se retrou­vent éga­le­ment chez les répondants plus âgés. Bien que la brochu­re d’easyvote soit rela­ti­ve­ment moins popu­lai­re auprès des per­son­nes âgées que chez les plus jeu­nes, son appré­cia­ti­on est tou­te­fois net­te­ment plus favor­able qu’en ce qui con­cer­ne les brochu­res du Con­seil fédé­ral.

Uti­lité des infor­ma­ti­ons four­nies : tou­te infor­ma­ti­on sur les vota­ti­ons est jugée uti­le.

Une infor­ma­ti­on attra­y­an­te et simp­le, tel est l’objectif pre­mier d’easyvote. Dès lors, la ques­ti­on essen­ti­el­le qui se pose est de savoir si cet­te sim­pli­cité et cet attrait se font au détri­ment de la teneur de l’information. Nos don­nées four­nis­sent une pre­miè­re répon­se importan­te à cet­te ques­ti­on (voir gra­phi­que 2) : les quat­re infor­ma­ti­ons sur les vota­ti­ons sont jugées (plu­tôt) uti­les par une net­te majo­rité de répondants. À cet égard, il n’y a pas de dif­fé­ren­ces signi­fi­ca­ti­ves ent­re les édi­teurs, c’est-à-dire ent­re easy­vo­te et le Con­seil fédé­ral. Par cont­re, une val­eur dif­fé­ren­te est accor­dée aux deux types de média : les vidéo­clips sont jugés plus uti­les que les brochu­res.

Graphique 2 : comparaison des appréciations concernant l’utilité des informations fournies sur les votations

Remarques :
Selon le test de Wilcoxon, toutes les différences d’appréciation sont statistiquement significatives pour une part de 95 %, hormis en ce qui concerne les différences ressortant de la comparaison entre mêmes types de média.

Objec­tivité : les infor­ma­ti­ons d’easyvote sont jugées plus cré­di­bles et plus objec­tives que cel­les du Con­seil fédé­ral.

Com­me déjà men­ti­on­né, de nom­breux répondants repro­chent à la brochu­re expli­ca­ti­ve du Con­seil fédé­ral d’être par­tia­le. Mais qu’en est-il d’easyvote à cet égard ? Si l’objectivité de l’information est un but pri­mor­di­al pour easy­vo­te, une orga­ni­sa­ti­on exter­ne tel­le que la FSPJ peut tou­te­fois être per­çue par la popu­la­ti­on com­me poli­ti­que­ment moti­vée et enga­gée dans cer­ta­ins inté­rêts.

Nos con­sta­ta­ti­ons per­met­tent de docu­men­ter les dif­fé­ren­ces d’appréciation par rap­port aux deux édi­teurs et ent­re les types de média (gra­phi­que 3). Si la brochu­re expli­ca­ti­ve du Con­seil fédé­ral est jugée net­te­ment moins cré­di­ble que les infor­ma­ti­ons d’easyvote, il est intéres­sant de con­sta­ter, a con­tra­rio, que les clips vidéo du Con­seil fédé­ral et d’easyvote sont per­çus com­me étant éga­le­ment cré­di­bles.

Graphique 3 : comparaison des appréciations concernant l’objectivité des informations sur les votations

Remarques : graphique du haut : selon le test de Wilcoxon, toutes les différences d’appréciation sont statistiquement significatives pour une part de 95 %, hormis en ce qui concerne les différences ressortant de la comparaison entre les vidéos clips.
Graphique du bas : selon le test de Wilcoxon, toutes les différences d’appréciation sont statistiquement significatives pour une part de 95 %, hormis en ce qui concerne les différences ressortant de la comparaison entre le vidéo clip et la brochure d’un même éditeur.

Quant à la ques­ti­on de savoir dans quel­le mes­u­re l’information de chaque édi­teur serait équi­ta­ble dans l’exposé des argu­ments de chaque camp, easy­vo­te est éga­le­ment net­te­ment mieux éva­lué que le Con­seil fédé­ral. À cet égard, la dif­fé­rence d’appréciation selon le type de média ne s’avère guè­re per­ti­nen­te : aus­si bien la brochu­re que le clip vidéo d’easyvote sont con­s­idé­rés com­me plus objec­tifs que les docu­ments homo­lo­gues four­nis par le Con­seil fédé­ral.

Si les infor­ma­ti­ons d’easyvote sont per­çu­es com­me étant plus fia­bles et objec­tives que cel­les du Con­seil fédé­ral, ceci peut s’expliquer par le fait que la brochu­re rouge, pré­cis­é­ment, a été cri­ti­quée à plu­sieurs repri­ses, ces der­niers temps, pour avoir défen­du trop net­te­ment la posi­ti­on du gou­ver­ne­ment. Easy­vo­te peut évi­dem­ment se tar­guer d’être une orga­ni­sa­ti­on indé­pen­dan­te. En revan­che – et cela peut sur­prend­re – sa cré­di­bi­lité varie selon le type de média, les clips vidéo étant jugés plus cré­di­bles que les infor­ma­ti­ons tex­tu­el­les. Une fois de plus, le Con­seil fédé­ral peut riva­li­ser avec easy­vo­te en ce qui con­cer­ne les clips vidéo. Ce résul­tat lais­se sup­po­ser que le man­que de cré­di­bi­lité du Con­seil fédé­ral, en fait, relè­ve essen­ti­el­le­ment d’un pro­blè­me lié à sa brochu­re rouge. Tout ce qui s’en éloi­g­ne – notam­ment les efforts déployés par le Con­seil fédé­ral pour exploi­ter de nou­veaux cana­ux d’information – est plei­ne­ment recon­nu et jugé posi­tif par la popu­la­ti­on.

Con­clu­si­on

On peut en con­clu­re pre­miè­re­ment que le but d’easyvote, c’est-à-dire offrir des infor­ma­ti­ons simp­les et attra­y­an­tes, est att­eint. Mais ce four­nis­seur d’informations ne sédu­it pas seu­le­ment les jeu­nes, son grou­pe cible initi­al. Sa con­cep­ti­on sem­ble éga­le­ment ren­con­trer l’approbation des citoy­ens plus âgés. Dans ce con­tex­te, les pro­jets menés actu­el­le­ment par le Con­seil fédé­ral et la Chan­cel­le­rie fédé­ra­le en vue de rend­re la brochu­re rouge plus attra­y­an­te sont bien­ve­nus. Par ail­leurs, il pour­rait être uti­le pour easy­vo­te d’envisager une stra­té­gie de dif­fu­si­on pren­ant éga­le­ment plus en comp­te les citoy­ens âgés.

Deu­xiè­me­ment, les résul­tats indi­quent un cer­tain man­que de cré­di­bi­lité du Con­seil fédé­ral, notam­ment en ce qui con­cer­ne sa brochu­re rouge. Alors que la Suis­se est con­s­idé­rée com­me un modè­le du point de vue de la con­fi­an­ce dans le gou­ver­ne­ment et que le Con­seil fédé­ral figu­re par­mi les insti­tu­ti­ons les plus dignes de con­fi­an­ce selon les enquêtes (Szvirc­sev Tresch et al. 2017 : 84), les résul­tats con­cordent avec l’évolution récen­te, qui se carac­té­ri­se par un ren­force­ment de la pola­ri­sa­ti­on et de la rhé­to­ri­que «anti-esta­blish­ment» (Armin­ge­on et Eng­ler 2015). Tenue pour un par­fait exemp­le de “ce qui se dit à Ber­ne”, la brochu­re rouge est accueil­lie avec scep­ti­cis­me par une par­tie non nég­li­ge­ab­le des per­son­nes inter­ro­gées. Réta­b­lir cet­te cré­di­bi­lité sem­ble non seu­le­ment important pour la réus­si­te des pro­jets de réfor­me à venir, mais pour­rait éga­le­ment – à con­s­idé­rer les résul­tats que nous avons obte­nus – influ­en­cer la dif­fu­si­on et le trai­te­ment de l’information lors de cam­pa­gnes de vota­ti­on.

Troi­siè­me­ment, les clips vidéo de la Chan­cel­le­rie fédé­ra­le et d’easyvote s’avèrent être un suc­cès. Aus­si bien le clip d’easyvote que celui de la Chan­cel­le­rie fédé­ra­le ont ten­dance à être plus effi­caces que les brochu­res. Cela pour­rait s’expliquer par le fait que les images et les vidé­os sont traitées par le cer­veau humain en moins de temps et avec moins d’efforts que les tex­tes (Esch et Michel 2009 : 715 s.). En out­re, les vidé­os s’inscrivent dans l’ère numé­ri­que, qui fait la part bel­le aux infor­ma­ti­ons brè­ves en son ou en image. La pré­sen­te étu­de met en évi­dence le poten­tiel des vidé­os dans le domai­ne de l’information sur les vota­ti­ons. Il est ain­si pro­bable que les deux four­nis­seurs d’informations aient inté­rêt à déve­lop­per davan­ta­ge leurs stra­té­gies dans le domai­ne de la pro­duc­tion vidéo tout en met­tant l’accent sur un élar­gis­se­ment de la dif­fu­si­on. Les dif­fé­ren­tes appré­cia­ti­ons con­cer­nant le clip vidéo et la brochu­re rouge du Con­seil fédé­ral indi­quent éga­le­ment que le déve­lop­pe­ment d’une plus gran­de con­fi­an­ce dans les infor­ma­ti­ons qu’il publie n’est pas une entre­pri­se sans espoir, car les efforts déployés par le gou­ver­ne­ment pour exploi­ter des cana­ux et des for­mes d’information moder­nes sont bien accueil­lis.

Une infor­ma­ti­on bien reçue par le public est une con­di­ti­on préal­ab­le importan­te pour s’assurer qu’elle a une influ­ence posi­ti­ve sur le niveau d’information des élec­teurs. Tou­te­fois, cela ne per­met pas de garan­tir que les citoy­ens pren­dront vrai­ment en con­s­idé­ra­ti­on ces infor­ma­ti­ons lors de cam­pa­gnes de vote réel­les, c.-à-d. en dehors du con­tex­te d’une enquête. Moti­ver les citoy­ens, à cet égard, est donc un défi majeur, quels que soi­ent le four­nis­seur d’information et le média exploité.

Don­nées
Dans la per­spec­tive du scru­tin réfé­ren­d­ai­re du 21 mai 2017 con­cer­nant la nou­vel­le loi sur l’énergie, une enquête démo­gra­phi­que en trois pha­ses a été menée. Avant le début de la cam­pa­gne de vota­ti­on, un mois avant le scru­tin (mi-avril) et pen­dant la semai­ne qui l’a pré­cédé (mi-mars), un panel de citoy­ens a été inter­ro­gé sur divers sujets liés à la vota­ti­on. L’enquête en ligne a été pro­po­sée en alle­mand, français et ita­li­en. Des quo­tas en matiè­re d’âge, de sexe et de régi­on de rési­dence ont été défi­nis en vue d’assurer, par rap­port à ces trois critè­res, la com­po­si­ti­on d’un échan­til­lon autant repré­sen­ta­tif que pos­si­ble. 2’800 per­son­nes ont été inter­ro­gées durant la pre­miè­re pha­se, 1’800 pen­dant la deu­xiè­me et envi­ron 1000 durant la troi­siè­me. La pré­sen­te expé­ri­ence en matiè­re d’information a été réa­li­sée durant la deu­xiè­me pha­se. Dif­fér­ents expo­sés, sous la for­me de docu­ments expli­ca­tifs sur les vota­ti­ons, ont été pré­sen­tés aux par­ti­ci­pants. Cet­te enquête a été finan­cée par le Fonds Natio­nal Suis­se, dans le cad­re du Pro­gram­me Natio­nal de Recher­che 71.

Dans le cad­re d’autres ana­ly­ses non abor­dées ici, on a exami­né si la maniè­re de répond­re ou l’évaluation des dif­fé­ren­tes infor­ma­ti­ons dif­fé­rait selon les grou­pes lin­gu­is­ti­ques. Seu­les des dif­fé­ren­ces mineu­res ont pu être détec­tées. Dans l’ensemble, les nou­veaux modes d’information en matiè­re de vota­ti­ons, tels que les clips vidéo et les publi­ca­ti­ons d’easyvote, sont légè­re­ment mieux accueil­lies par les Suis­ses alé­ma­ni­ques que par les citoy­ens fran­co­pho­nes et italo­pho­nes.


Biblio­gra­phie :

  • Armin­ge­on, Klaus et Eng­ler, Sarah (2015). Pola­ri­sie­rung als Stra­te­gie. Die Pola­ri­sie­rung des Schwei­zer Par­tei­en­sys­tems im inter­na­tio­na­len Ver­gleich. Dans : Frei­tag, Mar­kus et Vat­ter, Adri­an (eds.) Wah­len und Wäh­ler­schaft in der Schweiz. Poli­tik und Gesell­schaft in der Schweiz : (3) : 355–379. Zurich : édi­ti­ons Neue Zür­cher Zei­tung
  • Esch, Franz-Rudolf et Michel Manue­la (2009) : Visu­el­le Rei­ze in der Kom­mu­ni­ka­ti­on. Dans : Bruhn Man­fred ; Esch Franz-Rudolf et Lang­ner Tobi­as (eds.) Hand­buch Kom­mu­ni­ka­ti­on. Gab­ler.
  • Johann, David (2009) : Eine Betrach­tung der Wahl­be­tei­li­gung bei der Bun­des­tags­wahl 2005 auf Basis von Ratio­nal-Choice-Kon­zep­ten. Dans : Küh­nel, Stef­fen, Nie­der­may­er, Oskar et West­le, Bet­ti­na (eds.) Wäh­ler in Deutsch­land. Wie­sen­ba­den : VS Ver­lag für Sozi­al­wis­sen­schaf­ten.
  • Leven­dus­ky, Mat­thew (2011) : Rethin­king the Role of Poli­ti­cal Infor­ma­ti­on. Public Opi­ni­on Quar­ter­ly. 75 (1) : 42–64.
  • Milic, Tho­mas ; Rous­se­lot, Bian­ca et Vat­ter, Adri­an (2014) : Hand­buch der Abstim­mungs­for­schung. Zurich : édi­ti­ons Neue Zür­cher Zei­tung.
  • Nor­din, Mat­thi­as (2011) : Do Voters Vote in Line with their Poli­cy Pre­fe­ren­ces? – The Role of Infor­ma­ti­on. CESi­fo Eco­no­mic Stu­dies. 60 (4) : 681–721.
  • Rothen­büh­ler, Mar­ti­na ; Ehr­ler, Fran­zis­ka et Kissau, Kath­rin (2012) : CH@YOUPART – Poli­ti­sche Par­ti­zi­pa­ti­on jun­ger Erwach­se­ner in der Schweiz. Lau­sanne : Cent­re suis­se de com­pé­ten­ces en sci­en­ces socia­les, FORS.
  • Szvirc­sev Tresch, Tibor et al. (2017) : Sicher­heit 2017- Aus­sen-, Sicher­heits-, und Ver­tei­di­gungs­po­li­ti­sche Mei­nungs­bil­dung im Trend. Zurich : ETH Zurich.

[1] LF du 17.12.1976 sur les droits poli­ti­ques (RS 161.1); cf. art. 2

[2] L’engagement du Con­seil fédé­ral et de l’administration dans les cam­pa­gnes pré­cédant les vota­ti­ons fédé­ra­les, rap­port du grou­pe de tra­vail de la Con­fé­rence des ser­vices d’information élar­gie (GT CSIC)

 

Pho­to: easy­vo­te

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