La popularité croissante des partis populistes de droite radicale dans l’UE : Cinq études de cas en Europe du Sud et du Nord

Depuis le début des années 2000, le populisme est considéré comme l’une des principales menaces pour la démocratie, ce qui inquiète de plus en plus les expert-es. Les partis populistes de droite radicale (PDR) ont gagné en influence dans l’Union européenne, même dans des États membres autrefois considérés comme immunisés contre cette tendance. En examinant les caractéristiques de ces partis PDR dans différentes régions de l’UE (Nord et Sud), il apparaît clairement que leur développement historique et social singulier a contribué à leur montée en puissance. Quels sont les facteurs expliquant de leur succès politique et leur attrait global ? Et quelles sont les implications plus larges de leur montée en puissance pour l’UE dans son ensemble ?

Le populisme est une perspective et un style de communication en politique qui construit discursivement une lutte permanente entre les élites dominantes et le peuple. Les premières sont souvent décrites comme corrompues et immorales par opposition aux secondes qui sont perçues comme nobles, généreuses et bienveillantes. Le populisme de droite radicale (PDR) développe les caractéristiques plus larges du populisme, à savoir l’anti-élitisme et le recentrage sur le peuple, en promouvant le racisme et en rejetant la diversité culturelle et religieuse. Cela génère un sentiment singulier de vulnérabilité et de dignité blessée en raison d’un manque perçu de considération de la part des élites dominantes, et favorise par conséquent l’opposition à certains flux d’immigration.

En outre, le populisme alimente un sentiment constant de suspicion via le peuple se montre sceptique non seulement à l’égard des élites dominantes, mais également à l’égard de toute personne qui n’a pas la « bénédiction du peuple » et n’est pas choisie par le celui-ci, comme les technocrates et les expert-es (scientifiques, juristes, entre autres). Une caractéristique constante du PDR, souvent présente dans les discours populistes, est la tendance à renforcer l’importance et le pouvoir de la branche exécutive du gouvernement, ainsi qu’une tendance à l’illibéralisme.

Une menace pour la démocracie

Le populisme a souvent été associé à la démocracie en crise ainsi qu’à une menace pour ses institutions. Des études ont mis en évidence les effets négatifs des partis populistes de droite sur la démocratie lorsqu’ils accèdent au pouvoir. En conséquence, les politologues et les spécialistes des sciences sociales ont de plus en plus insisté sur l’importance d’étudier leurs stratégies de gain en pertinence, en visibilité et en popularité.

L’étude de ces stratégies souligne comment ces acteurs politiques ont réussi à proposer des alternatives à la politique qui, selon eux, produiraient un système démocratique plus cohérent et plus efficace, qu’ils considèrent comme moralement supérieur au système actuel. Ce système démocratique alternatif a été créé discursivement en profitant du mécontentement et de l’impuissance du public provoqués par l’aggravation de la situation économique et de l’insécurité de l’emploi dans de nombreux États membres de l’UE, en particulier après la crise financière de 2008.

En outre, il est important de réfléchir à la précarité et à l’insécurité générale provoquée par le processus de mondialisation dans nos sociétés, en renforçant l’écart entre les classes sociales et la méfiance du public à l’égard du changement (social, culturel ou politique).

Le rôle des émotions, notoirement sous-évalué dans les études sur le populisme

Je considère les émotions, à savoir la manière dont les individus gèrent les situations/phénomènes qu’ils trouvent personnellement importants, comme des piliers sur lesquels les partis de la droite radicale populiste (PDR) construisent leurs stratégies discursives et politiques. En psychologie, les émotions sont définies comme des réactions complexes, faisant état d’éléments expérientiels, comportementaux et physiologiques.

Parmi celles-ci, des émotions telles que la méfiance à l’égard du système sociétal actuel et la nostalgie du passé contribuent fortement à la popularité du discours des partis PDR. La méfiance est la manifestation d’un soupçon décrit plus haut : elle peut être dirigée plus précisément vers les hommes politiques, mais aussi plus généralement vers tous les éléments de la société perçus comme égoïstes et égocentriques qui n’agissent qu’en fonction de leur intérêt personnel et qui ne se soucient pas de la communauté dans laquelle ils vivent.

La nostalgie, quant à elle, est une émotion très liée à la méfiance et au mécontentement à l’égard de la société actuelle, qui met l’accent sur la supériorité morale d’un passé imaginé et construit. Lorsque nous sommes nostalgiques, nous regrettons un passé qui n’existe plus que dans notre esprit et qui, en tant que tel, peut présenter des différences plus ou moins marquées avec la réalité du passé. Ces émotions sont des facteurs importants du succès des partis populistes de droite radicale, mais elles ne sont peut-être pas les seules à jouer un rôle.

Plus important encore, les émotions sont complexes et se développent de différentes manières dans circonstances aléatoires : la méfiance et la nostalgie ont un potentiel politique qui, selon moi, n’a pas été suffisamment étudié. L’utilisation stratégique d’émotions fortes par les partis PDR doit être analysée plus précisément. En outre, l’étude des fondements émotionnels des sociétés, et de leurs membres, où les partis PDR sont en pleine croissance, fournit des indications cruciales sur la signification de leur succès et sur les solutions potentielles que les politicien-nes pourraient proposer une fois sensibilisé-es à leur élecorat.

L’essor du populisme de droite radicale: une série

Après avoir présenté les principales caractéristiques du populisme de droite radicale, ses stratégies discursives et sa pertinence de manière plus générale, l’objectif est de mettre en lumière, à travers cette série, les tenants et aboutissants des partis PDR influents dans différentes régions de l’UE. Nous présenterons le cas des Fratelli D’Italia, parti PDR qui est devenu un modèle pour beaucoup en Europe et au-delà. Nous examinerons ensuite les cas d’États membres de l’UE considérés comme immunisés contre l’« épidémie » des partis PDR, tels que l’Espagne et le Portugal. Enfin, nous analyserons les représentants des populismes allemand et néerlandais.

Alors que de nombreuses discussions ont été consacrées aux partis de la droite radicale populiste dans les pays d’Europe de l’Est et du Sud, il conviendrait de mettre davantage en lumière la perspective négligée du PDR dans les régions centrales et septentrionales de l’Europe. Ainsi, tout au long de la série, lorsque nous inspecterons des cas nationaux spécifiques, nous réfléchirons également à leurs implications plus larges pour l’UE. Nombreuses sont en effet les conséquences déjà tangibles de la popularité de ces partis et des perspectives politiques au niveau de la gouvernance nationale et européenne.

Cette série vise à apporter une certaine clarté, non seulement en soulignant ces conséquences, mais aussi en examinant les causes potentielles, parmi lesquelles les stratégies utilisées par ces partis en mobilisant des sentiments et des émotions spécifiques chez le public/les électeurs-rices potentiel-les. Les émotions, tant au niveau individuel qu’au niveau du groupe, devraient occuper une plus grande place dans la recherche en sciences politiques sur le populisme et son succès ou son échec.


Références:

Remarque: Cette contribution est tirée d’une note de blog faisant partie d’une série sur l’essor du populisme de droite radicale. Elle a été éditée par Robin Stähli.

Image: unsplash.com

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