Électorats et élites politiques de l’UDC, du PS et des Vert·es moins attachés à la démocratie et moins satisfaits de son fonctionnement

En Suisse, l’attachement à la démocratie est globalement fort. Mais il n’est pas le même chez tout le monde : les électeur·trices et candidat·es de l’UDC, du PS et des Vert·es se montrent moins attaché·es à la démocratie et moins satisfait·es de son fonctionnement que les autres partis. En outre, nous révélons qu’il existe un écart important entre l’électorat et les élites politiques : ces dernières sont plus attachées à la démocratie et plus satisfaites de son fonctionnement que les citoyen·nes.

Une question simple, mais fondamentale pour la démocratie

Les démocraties sont aujourd’hui souvent décrites comme fragilisées (Foa & Mounk, 2016; Lührmann & Lindberg, 2019). On fait référence à la défiance, la polarisation, parfois même au recul démocratique. Mais qu’en est-il en Suisse ? Et surtout : les candidat·es politiques, appelé·es à exercer le pouvoir, voient-ils·elles la démocratie comme les citoyen·nes ordinaires ?

Pour répondre à ces questions, nous avons comparé les réponses des électeur·trices et candidat·es interrogé·es par l’enquête scientifique « Selects », représentative de la population et des élites politiques suisses, et effectuée après les élections fédérales de 2023. Notre objectif était de mesurer deux opinions chez les électeur·trices et les candidat·es : le soutien à la démocratie comme système politique, et la satisfaction à l’égard de son fonctionnement en Suisse.

Un soutien massif à la démocratie

Premier constat : la démocratie bénéficie d’un soutien très élevé dans les deux groupes. Plus de 70% des personnes interrogées, candidat·es comme électeur·trices, expriment un attachement très fort à la démocratie comme forme de gouvernement. Les différences apparaissent surtout lorsqu’on regarde de plus près les appartenances partisanes. Les électeur·trices et candidat·es du Centre et du PLR affichent un niveau de soutien particulièrement élevé. À l’inverse, le PS, les Vert·es et l’UDC se montrent parfois un peu plus critiques, même si leur attachement à la démocratie reste globalement fort.

Figure 1. Distribution du soutien à la démocratie, par groupe de répondant·es et appartenance partisane.

Les résultats sont pondérés afin de corriger des biais liés à la répartition cantonale, à la participation et au choix de parti (données électeur·trices ; N=2837) ou, respectivement, à la répartition cantonale, à l’affiliation partisane et au succès électoral (données candidat·es ; N=1941) des personnes interrogées.
Les candidat·es plus satisfait·es que les électeur·trices

La satisfaction envers le fonctionnement concret de la démocratie varie davantage. La majorité des répondant·es se dit plutôt satisfaite, mais les candidat·es se montrent plus positif·ves que les électeur·trices : ils·elles sont plus nombreux·ses à se dire très satisfait·es du fonctionnement démocratique suisse.

Cet écart est particulièrement visible dans certains partis. Au sein de l’UDC, par exemple, les candidat·es sont nettement plus satisfait·es que leur propre électorat. En revanche, à gauche, on observe l’inverse : les candidat·es socialistes et vert·es se montrent moins satisfait·es que leurs électorats.

Figure 2. Distribution de la satisfaction à l’égard de la démocratie, par groupe de répondant·es et appartenance partisane.

Les résultats sont pondérés afin de corriger des biais liés à la répartition cantonale, à la participation et au choix de parti (données électeur·trices ; N=2848) ou, respectivement, à la répartition cantonale, l’affiliation partisane et au succès électoral (données candidat·es ; N=1989) des personnes interrogées.
L’âge et le genre comptent aussi

Les analyses montrent aussi des différences selon les profils sociodémographiques. Les jeunes adultes soutiennent un peu moins la démocratie que les personnes plus âgées. Les femmes, elles, se disent en moyenne moins satisfaites de son fonctionnement que les hommes. En revanche, le niveau d’éducation ne joue pas de rôle significatif pour le soutien à la démocratie ou la satisfaction avec son fonctionnement dans un modèle multivarié.

Pourquoi ces écarts ?

Une partie de l’explication tient sans doute aux trajectoires politiques. Les candidat·es sont plus inséré·es dans les institutions, plus familier·ères des règles du jeu et souvent plus investi·es dans le système politique. Ils·elles peuvent aussi être, en quelque sorte, “auto-sélectionné·es” : les personnes qui croient le plus à la démocratie sont peut-être aussi celles qui acceptent plus volontiers de se porter candidates.

Les écarts entre partis racontent autre chose. Au sein de l’UDC comme à la gauche (PS et les Vert·es), l’insatisfaction peut être réelle, mais pour des raisons très différentes. Les premiers contestent davantage certains principes de la démocratie libérale actuelle, tandis que les seconds demandent que ces principes soient renforcés.

Le rapport à la démocratie dépend aussi de la place que l’on occupe dans le jeu politique. En effet, la gauche est souvent minoritaire dans le parlement et le gouvernement, ce qui affecterait sa satisfaction avec les résultats politiques.

Un signal plutôt rassurant

Le résultat principal reste clair : en Suisse, il n’y a pas de signe de rejet massif de la démocratie, ni chez les citoyen·nes ni chez les candidat·es. Au contraire, le soutien est fort, et les candidat·es apparaissent même comme des défenseur·ses au premier plan du système démocratique suisse.

Cela n’exclut pas des tensions, ni des variations selon l’âge, le genre ou le camp politique. Mais dans un contexte global souvent décrit comme sombre pour les démocraties, le cas suisse donne plutôt matière à un certain optimisme : la démocratie y repose encore sur des bases bien solides.

Étude électorale suisse Selects
Cet article fait partie d’un numéro spécial de la Revue Suisse de Science Politique consacré aux élections fédérales 2023. Les contributions se basent essentiellement sur les données de l’étude électorale suisse Selects qui examine le comportement électoral des citoyennes et citoyens suisses lors des élections nationales depuis 1995. Selects est financée par le Fonds national suisse et réalisée par FORS à Lausanne. Toutes les données sont librement accessibles à des fins scientifiques sur la plate-forme SWISSUbase. Le numéro spécial a suivi le processus standard d’évaluation par les pairs pour la publication d’articles scientifiques.

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Image: Unsplash

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