Les sentiments négatifs envers les personnes migrantes et les féministes au cœur du vote UDC en 2023

Anke Tresch, Line Rennwald
22nd July 2026

Lors de la campagne électorale de 2023, l’UDC a su transformer directement en succès électoral les sentiments négatifs de son électorat à l’égard des personnes migrantes et des féministes. C’est ce que révèle notre analyse de l’enquête panel de l’étude électorale suisse (Selects).

La thématique de la migration et de l’asile a été au centre de la campagne électorale de l’UDC en 2023. Les annonces du parti diffusées en ligne qui montraient des scènes de crimes et des violences et faisaient toujours un lien avec la nationalité étrangère des auteurs ont été qualifiées de racistes par la Commission fédérale contre le racisme. L’UDC a également placé la question du genre et son opposition à l’« idéologie de genre » au cœur de son programme, en inscrivant ses positions traditionnellement conservatrices sur les droits des femmes et l’égalité des sexes dans le cadre plus large de la lutte contre le « wokisme ».

Nous nous basons sur le cadre d’analyse des « groupes de référence » qui postule que les évaluations de différents groupes présents dans une société comptent et que la dimension affective envers ces groupes peut être centrale pour le vote. Un élément important de cette théorie est que les individus ne doivent pas forcément faire partie des groupes en question ou avoir un sentiment d’appartenance à ces groupes pour développer des sentiments négatifs ou positifs envers ces groupes. D’une certaine manière, évoquer des groupes dans le débat politique et articuler la politique comme un conflit entre groupes permet de rendre plus facile l’accès à la politique. Les citoyennes et citoyens peuvent plus aisément comprendre la politique à partir des références faites par les acteurs politiques à différents groupes, au-delà des mesures et réformes politiques qui sont débattues.

Un effet autonome des sentiments

Nos analyses basées sur les données de l’enquête panel de l’étude électorale suisse (Selects) 2023 montrent que le vote pour l’UDC est associé à des sentiments négatifs envers les personnes migrantes : plus les individus arborent des sentiments négatifs envers ce groupe, plus la probabilité de choisir ce parti augmente. Ce résultat ne semblera pas très surprenant aux observateurs attentifs de la vie politique suisse. Cependant, l’élément crucial est que l’antipathie exerce une influence indépendante sur le choix électoral. Même en tenant compte des préférences plus ou moins restrictives des citoyennes et citoyens en matière de politique migratoire, avoir des sentiments négatifs envers les personnes migrantes augmente le soutien à l’UDC. Des résultats similaires sont à noter aussi pour le groupe des féministes : l’antipathie envers les féministes augmente le vote UDC, même en neutralisant l’effet des opinions sur l’égalité entre hommes et femmes.

Les sentiments positifs favorisent encore davantage le vote à gauche

Parallèlement, nous observons également que les sentiments positifs envers les personnes migrantes et les féministes sont encore plus étroitement liés au vote de gauche. Avoir des sentiments positifs envers ces groupes augmente encore davantage le vote pour la gauche que ne le font les sentiments négatifs pour le vote pour la droite radicale. Cela suggère que si les partis de droite radicale peuvent tirer un avantage électoral de la mobilisation du ressentiment à l’encontre de ces groupes, de telles stratégies peuvent également déclencher une contre-mobilisation parmi les électrices et électeurs qui ont des perceptions favorables de ces deux groupes.

Finalement, nous pouvons aussi mettre en évidence des effets à court terme des sentiments envers les groupes. Nous montrons que le ressentiment est associé à des changements d’orientation de vote au cours de la campagne. Parmi les individus qui avaient l’intention de voter pour les partis de centre-droit (selon les réponses données au mois de juin 2023), celles et ceux qui ont vu leur antipathie envers les personnes migrantes et les féministes augmenter sur la période entre juin et octobre 2023 ont été plus susceptibles de soutenir l’UDC le jour du scrutin. Cela suggère que le ressentiment peut être activé et mobilisé pendant la campagne électorale et contribuer à attirer de nouveaux électeurs et électrices.

Étude électorale suisse Selects
Cet article fait partie d’un numéro spécial  de la Revue Suisse de Science Politique consacré aux élections fédérales 2023. Les contributions se basent essentiellement sur les données de l’étude électorale suisse Selects qui examine le comportement électoral des citoyennes et citoyens suisses lors des élections nationales depuis 1995. Selects est financée par le Fonds national suisse et réalisée par FORS à Lausanne. Toutes les données sont librement accessibles à des fins scientifiques sur la plate-forme SWISSUbase. Le numéro spécial a suivi le processus standard d’évaluation par les pairs pour la publication d’articles scientifiques.

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