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Conciliation de la vie de famille et du travail pendant le confinement

Stephanie Steinmetz, Gian-Andrea Monsch
29th octobre 2020

Globalement, les couples suisses et surtout les familles ont assez bien vécu le confinement, comme en témoigne le très haut niveau de satisfaction dans les domaines du partenariat et de la vie familiale. Cependant, il a aussi entraîné des difficultés, notamment pour les familles et les parents isolés. C'est ce que montre une enquête menée auprès de environ 2000 personnes en Suisse entre fin avril et mai 2020.

Des pères plus impliqués dans les tâches ménagères et la garde des enfants

L'un des plus grands changements pendant le confinement a été que les hommes s'impliquent davantage à la maison. Les rôles ont en effet quelque peu changé, surtout dans les ménages à revenus élevés (revenu brut du ménage supérieur à 10'300 CHF).

Environ un tiers des personnes interrogées ont déclaré que leur partenaire avait de plus en plus pris en charge la garde des enfants. Par contre, une femme sur cinq et un homme sur cinq ont déclaré que la femme avait tendance à être plus en charge de la garde des enfants. Notons aussi que dans un peu moins de la moitié des ménages, la répartition des tâches de garde d'enfants n'a pas beaucoup changé entre avant et pendant le confinement.

Les hommes ne sont pas seulement plus impliqués dans la garde des enfants, mais aussi dans les tâches ménagères. Environ un quart des femmes interrogées l'ont déclaré. Les réponses des hommes reflètent aussi cette appréciation. En outre, le fait que le partenaire participait plus aux tâches ménagères semble s'appliquer surtout aux ménages avec enfants. Là aussi, un cinquième des personnes interrogées a déclaré avoir plus participer aux tâches ménagères. Cepndant, le confinement n'a pas entraîné de changement majeur pour la majorité des personnes interrogées.

Nette augmentation des soins hors du domicile

La prise en charge des personnes ayant besoin de soins est également devenue un défi pendant le confinement. Beaucoup d'entre elles sont prises en charge par leurs proches à la maison. Parmi les personnes interrogées qui s'occupent de parents, 51 % signalent une charge supplémentaire pendant le confinement (graphique 1). Cela pourrait être dû au fait que les services et les structures de soutien dans l'environnement proche du domicile n'étaient plus disponibles pendant la période du confinement.

Les différences entre les sexes sont faibles ici. Il semble que les femmes sont plus nombreuses à avoir connu une augmentation des soins hors du domicile pendant le confinement (56 % contre 46 % des hommes). D'autres différences peuvent être observées dans les ménages à revenus élevés, qui ont également été touchés par une augmentation de la charge des soins hors du domicile, alors que près d'un cinquième des familles à faible revenu a déclaré que la charge des soins avait diminué. Une distinction par type de famille montre que pour les familles avec enfants et pour les parents vivant seuls (N=50) en particulier, la charge des soins à l'extérieur du foyer a augmenté pendant le confinement. Cependant, ces résultats doivent encore une fois être interprétés avec une certaine prudence, car le nombre de cas - en particulier pour les parents vivant seuls - est plutôt faible.

Graphique 1: évolution des soins et de l'aide aux proches selon le sexe, le revenu et le type de ménage (en % des répondants)

N=50-1 144, pondération selon méthodologie originale ; question : Il est possible que vous vous occupiez parfois d’encadrer ou d’assister des enfants, des proches ou d’autres personnes ne vivant pas sous votre propre toit ; veuillez indiquer si de telles activités ont plus ou moins sollicité les personnes comprises dans votre ménage, pendant la crise du coronavirus. Cette question porte, en l’occurrence, sur les prestations de soins ou d'aide non rémunérées telles que le soutien de parents ou d'autres personnes adultes. Réponse : La charge en matière de soins ou d’assistance (par exemple, aide au ménage, achats) apportée à des personnes à mon/notre ménage, a augmenté / est restée inchangée / a diminué.
Soutien moral et pratique au temps du coronavirus

Comme nous l'avons déjà précisé dans la fiche d'information n°1, la période de confinement a laissé des traces en termes de solitude et d'isolement social - mais a également montré qu'une grande partie de la population pouvait compter sur un soutien émotionnel pendant cette période. Dans ce contexte, les résultats montrent que les femmes en particulier (4,8), mais aussi les ménages aux revenus élevés (5,0) et les ménages sans enfants (5,0), bénéficient en moyenne d'un soutien affectif plus important alors que les parents isolés (4,0) et les ménages à faibles revenus (4,3) ont bénéficié d'un soutien particulièrement faible.

En ce qui concerne le soutien pratique aux tâches ménagères quotidiennes, les femmes, les ménages monoparentaux et les ménages à faible revenu ont déclaré avoir bénéficié d'un soutien moindre au cours des quatre dernières semaines, respectivement par rapport aux hommes (2,6 contre 4,0), aux ménages sans enfants (2,4 contre 4,3), et aux ménages à revenu élevé (4,3 contre 4,8). Cela pourrait également indiquer que les mesures strictes ne permettent plus d'obtenir une aide extérieure, par exemple sous forme d'une aide ménagère ou de parents (comme les grands-parents).

Effets sur l'emploi rémunéré – les femmes réduisent davantage leurs horaires de travail

Pour ce qui est de l'emploi, on peut supposer que le besoin accru de soins a pu entraîner une réduction des heures de travail, en particulier pour les mères. Toutefois, les données ne semblent pas l'indiquer. Si les réponses sur les changements de travail liés au coronavirus indiquent que les femmes ont réduit leur temps de travail plus fréquemment que les hommes (24% contre 19%), on n'observe pas de différence significative selon que le ménage compte des enfants ou non. Néanmoins, cela peut être dû au petit nombre de cas, c'est pourquoi des analyses supplémentaires avec un échantillon plus important seraient nécessaires.

Toutefois, il convient de souligner que la durée moyenne du travail est normalement d'environ 24 heures pour les femmes célibataires (N=26), d'environ 27 heures pour les femmes avec enfants et d'environ 35 heures par semaine pour les femmes sans enfants. En revanche, les hommes avec ou sans enfants travaillaient normalement environ 43 heures par semaine en moyenne, tandis que les hommes célibataires ne travaillaient qu'environ 39 heures.

Légère augmentation des conflits dans les familles et chez les pères et mères élevant seuls ou séparément leurs enfants

Lorsqu'on leur demande si les conflits avec le partenaire ont augmenté ou diminué pendant le confinement, la majorité des répondants (77,8 %) déclare que les conflits sont restés les mêmes (graphique 2). 12,1 % ont déclaré que les conflits avaient (fortement) augmenté, tandis que 10,2 % ont déclaré que les conflits avaient (fortement) diminué. Aucune différence notable entre les sexes n'a cependant été observée.

Graphique 2: évolution des conflits entre partenaires, pendant le confinement, par sexe, revenu et type de ménage (en % des répondants)

N=19-1425, pondération selon méthodologie originale; question : Plusieurs objets peuvent entraîner des conflits dans le partenariat (par exemple, les travaux ménagers, l'argent, la sexualité, l'éducation des enfants etc.) En général, les conflits avec votre partenaire ont-ils augmenté ou diminué pendant la crise du coronavirus?

Par contre, des différences significatives peuvent être observées entre les ménages avec et sans enfants. Alors que seulement 8 % des ménages sans enfants ont déclaré que les conflits avaient augmenté, parfois fortement, ce chiffre est de près de 18 % pour les ménages avec enfants et de 35,1 % pour les parents seuls (N=19). Dans ce contexte, la question de savoir ce qui a causé cette situation reste malheureusement ouverte, en particulier pour les ménages monoparentaux. En outre, on constate que les conflits ont augmenté dans les ménages à faibles revenus (15 % contre 7 % dans les ménages à revenu plus élevé). Parallèlement, près de 17 % des personnes interrogées issues de ménages à faible revenu ont déclaré que les conflits avaient diminué (contre seulement 10 % dans les ménages à revenu plus élevé).

Grande satisfaction par rapport au partenariat et à la vie familiale en dépit du confinement

Outre la question du conflit, les médias [1] ont aussi évoqué le fait que la période de confinement a pu aussi apporter des expériences positives en matière de partenariat et de vie familiale. Dans ce contexte, des questions explicites ont également été posées quant à la satisfaction à l'égard de la garde des enfants, du partage des tâches ménagères, du partenaire et de la vie en commun.

Les analyses montrent que le niveau élevé de satisfaction de la population suisse en général et dans certains domaines n'a pas changé, même pendant la période du confinement. Huit répondants sur dix sont (complètement) satisfaits à la fois de la garde des enfants et de la répartition des tâches ménagères (graphiques 3 et 4).

Graphique 3: Satisfaction en matière de garde d’enfants selon le sexe, le type de ménage et le revenu (en % des répondants)

N=50-457, pondération selon méthodologie originale ; question : De manière générale, dans quelle mesure êtes-vous satisfait de l’attribution des tâches en matière de garde d’enfants ? Sur une échelle comprenant les réponses suivantes "absolument satisfait, très satisfait, assez satisfait, ni satisfait ni insatisfait, assez insatisfait, très insatisfait et absolument insatisfait". Par souci de simplification, les catégories ont été regroupées.

Toutefois, des différences propres à chaque groupe peuvent être observées. Par rapport aux hommes, les femmes sont moins satisfaites dans les deux domaines (14,2 % contre 4,1 % pour la garde d'enfants et 11 % contre 2,7 % pour les travaux domestiques). Si 85 % des ménages avec enfants sont satisfaits de la garde des enfants, ils sont plus souvent insatisfaits de la répartition des tâches ménagères (11,2 %). Pour les ménages monoparentaux, c'est le contraire. 18,9 % étaient insatisfaits de la garde des enfants. Cependant, seules 4,3 % des personnes interrogées se sont déclarées insatisfaites de la répartition des tâches ménagères. Si l'on distingue les ménages en fonction du revenu, on remarque que les ménages aux revenus les plus élevés sont les plus satisfaits dans les deux domaines.

En ce qui concerne le partenariat et la vie commune au sein du ménage, la satisfaction est à nouveau particulièrement élevée. Comme déjà indiqué dans la fiche d'information n°1 sur le thème du bien-être, seules trois à quatre pour cent des personnes interrogées sont insatisfaites. Il n'y a pas de différence significative entre les groupes même si l'on constate de petites différences au niveau descriptif. Les répondants issus de ménages aux revenus plus élevés sont plus satisfaits que ceux issus de ménages aux revenues moins élevées tandis que les ménages monoparentaux sont plutôt insatisfaits de la vie en commun. Interrogés sur le partenariat, les couples avec enfants semblent être un peu moins satisfaits.

Graphique 4: Satisfaction à l’égard de la répartition des tâches ménagères par sexe, type de ménage et revenu (en % des répondants)

N= 55-1514, pondération selon méthodologie originale ; question : Dans l’ensemble, dans quelle mesure êtes-vous satisfait de la répartition des tâches ménagères ?
Conclusion

Globalement, les couples suisses et surtout les familles ont assez bien surmonté le confinement, comme en témoigne le très haut niveau de satisfaction dans les domaines du partenariat et de la vie familiale. En outre, les conflits pendant le confinement n'ont pas augmenté pour la majorité des répondants.

Toutefois, le confinement a entraîné des difficultés, en particulier pour les familles et les familles monoparentales. De plus, les besoins en matière de garde d'enfants, mais aussi de soins et de services de soutien externes, ont énormément augmenté. Les analyses disponibles suggèrent que ce besoin accru a eu l'impact le plus important sur l'emploi des femmes. La question de savoir si cela aura des conséquences à long terme et quelles seront éventuellement ces conséquences reste ouverte à l'heure actuelle.

En ce qui concerne la division du travail selon le sexe, la majorité des personnes interrogées n'a constaté que très peu de changements en ce qui concerne la garde d'enfants et les tâches ménagères. Deux tendances peuvent être observées. D'un côté, les pères semblent avoir été un peu plus impliqués dans les tâches ménagères et la garde des enfants. D'un autre, cependant, une proportion non négligeable de femmes (et surtout de mères) a également fait état d'une charge accrue. La question de savoir dans quelle mesure ces tendances auront des conséquences à long terme en termes d'égalité des sexes reste ouverte. En raison du petit nombre de répondants dans certains cas, il serait souhaitable de procéder à des analyses plus approfondies avec un échantillon plus important.

Enquête FORS Covid-19 MOSAiCH
Afin de contribuer à la compréhension des effets du Covid-19 sur la société en Suisse, MOSAiCH (https://fors-center.ch/mosaich/) a ajouté des questions sur le Covid-19 et sur les mesures prises pour y faire face. MOSAiCH est une enquête socio­logique annuelle. Les questions portent sur les thèmes du bien-être, du travail, de la conciliation de la vie familiale et professionnelle ainsi que de la politique. Entre fin avril et fin mai 2020, 1 937 personnes âgées de 18 ans ou plus vivant dans des ménages privés en Suisse ont répondu au questionnaire en ligne. Les résultats ont été pondérés statistiquement afin d'obtenir une meilleure représenta­tivité de la population suisse. Ces person­nes seront interrogées une deuxième fois à l'automne 2020 et une troisième fois au printemps 2021 pour mesurer les effets du Covid-19 à plus long terme.


Cet article est tiré de la fiche d'information no 4 de l'enquête FORS Covid-19 MOSAiCH.


[1] Schmid, B. (2020). Das Ende der Familie ist aufgeschoben, Neue Zürcher Zeitung (29.05.2020).

 

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