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Bien-être et inquiétudes pendant le confinement

Franziska Ehrler, Gian-Andrea Monsch, Stephanie Steinmetz
21st octobre 2020

Le bien-être général en Suisse est élevé et il l'est resté pendant le confinement. Peut-être parce que seule une petite part de la population a été contaminée par le Covid-19. Pourtant, cela n'empêche pas les gens d'être préoccupés par les conséquences du Covid-19 sur leur vie sociale ou leur situation financière. Plus préoccupant encore, certaines personnes ont indiqué se sentir très isolées et très préoccupées, en plus d'être parfois des personnes à risque. Dans l'éventualité d'une deuxième vague, un examen approfondi semble nécessaire pour mieux identifier les groupes à risque et prendre des mesures propres à prévenir l'isolement social.

En règle générale, les Suisses estiment d'ailleurs que leur état de santé général est très bon – et cela même jusqu'à un âge avancé – et qu’ils ont de quoi être satisfaits de leur vie en comparaison avec d'autres pays (voir le rapport social 2016). La crise du coronavirus ne semble pas avoir eu un impact notable sur ce sentiment. En moyenne, les personnes interrogées voient leur état de santé général et leur satisfaction dans la vie d’un œil même légèrement plus positif que peu avant la crise. Il est néanmoins possible que les personnes interrogées, compte tenu de la crise, se satisfassent davantage de leur vie et de leur santé que d’ordinaire. Notre enquête indique que la population s'estime satisfaite de sa vie en générale, quel que soit l'aspect de la vie considéré (voir graphique 1). Seules 3 % des personnes interrogées se disent insatisfaites de leur vie en général, contre 44 % qui se disent très satisfaites et même 12 % sont complètement satisfaites de leur vie. C'est dans le domaine du travail ou de la situation financière que les gens semblent quelque peu moins satisfaits. Environ 10 % indiquent ne pas être satisfaits avec leur travail ou leur situation financière, et environ 14 % sont neutres quant à ces aspects de leur vie.

Graphique 1: Satisfaction par domaine de vie (en % des répondants)

La Suisse latine est davantage préoccupée par les conséquences du Covid-19

Un niveau élevé de satisfaction dans la vie ne signifie nullement l’absence d’inquiétudes (voir graphique 2). Une part importante des répondants est non seulement préoccupée par la santé de ses proches (78 %), mais aussi par sa propre vie sociale (58 %) et sa situation financière (40 %). De manière générale, il apparaît également que les répondants de Suisse latine, c’est-à-dire des cantons romands et du Tessin, sont – dans tous les domaines à l’exception de la vie sociale – plus préoccupés que leurs homologues de Suisse alémanique. Cela s’explique probablement par le fait qu’avant et pendant la période d’enquête, la Suisse latine a été davantage touchée par le Covid-19.

Graphique 2: Préoccupation concernant l'impact de crise du coronavirus sur différents domaines de la vie par région linguistique (en % des répondants)

Note: CH-A = Suisse alémanique, CH-L = Suisse latine.

En matière de santé, les inquiétudes des personnes interrogées concernant la santé de leurs proches l’emportent sur les inquiétudes concernant leur propre santé. 56 % des répondants ne sont que peu ou pas du tout préoccupés au sujet de leur propre santé, alors que seulement 23 % d’entre eux sont tout aussi peu inquiets pour la santé de leurs proches. Le degré d’inquiétude pour sa propre santé augmente avec l’âge. Si 30 % des personnes de 18 à 30 ans se disent « plutôt inquiètes », la proportion à cet égard est de 65 % chez les plus de 65 ans. Cependant, même dans cette tranche d’âge, qui par définition appartient au groupe à risque, 28 % ne sont que peu préoccupées et 7 % ne le sont pas du tout.

Les conséquences de la crise sur la situation financière révèlent un schéma légèrement différent. Ici, les personnes actives sont beaucoup plus préoccupées que celles à la retraite. Dans l’ensemble, cependant, les préoccupations concernant les consé­quences sur la situation financière sont un peu moins fréquentes qu’en ce qui concerne d’autres domaines de la vie. Il n'est reste pas moins qu'une part non négligeable (40 %) des personnes interrogées est préoccupée par les conséquences du Covid-19 sur sa situation financière, et voire même très préoccupées par celles-ci (environ 16 % et même 19 % dans la Suisse latine). Finalement, les différences entre femmes et hommes sont minimes voire non significatives.

La majorité des gens s'est sentie parfois isolée, mais a pu compter sur un soutien émotionnel

Dans le contexte de la crise du Covid-19 s’est posée la question de l'isolement social suite au confinement. Dans l’ensemble, on peut dire que de nombreuses personnes ont été privées de la compagnie d’autres personnes et se sont senties de temps en temps isolées. Le sentiment d’être exclu et délaissé ne concernait néanmoins qu’une minorité. Notre analyse montre que 8 % des personnes interrogées estiment avoir très souvent manqué de contacts humains,  19 % souvent, et 38 % parfois. Toutefois, seules 2% des personnes interrogées se sont senties très souvent exclues ou délaissées, 4 % souvent et 13 % parfois. 50 % n'ont jamais éprouvé ce sentiment. Notons que les femmes ont eu tendance à se sentir plus isolées et à manquer plus souvent de compagnie. Il n’y a cependant pas de différences significatives en fonction de l'âge.

Si une grande partie de la population a pu continuer à compter sur un soutien émotionnel pendant cette période, 8 % des personnes interrogées déclarent cependant ne jamais avoir pu compter sur un tel soutien (graphique 3). A noter qu'on constate des différences importantes selon le type de ménage et le genre. Ainsi, ce sont principalement les hommes vivant seuls qui ne peuvent compter que sur un faible soutien émotionnel. Environ 30 % d'entre eux disent n'avoir jamais (ou rarement) personne à qui se confier et ils se sentent également plus isolés des autres voire exclus. Il est néanmoins intéressant de noter qu'ils ne déclarent pas plus souvent manquer de compagnie.  Finalement, les chiffres concernant les femmes vivant seules ou assumant seules l'éducation de leurs enfants correspondent à ceux qu'on trouve dans la population dans son ensemble.

Graphique 3: Présence d'un soutien émotionnel au cours des quatre dernières semaines (en % des répondants)

Note: Échelle de 0 = jamais à 6 = toujours.
Conclusion

Les résultats montrent que le bien-être général en Suisse était en moyenne élevé, même pendant le confinement, et que la population se sent soutenue sur le plan émotionnel. Cependant, une proportion importante de personnes se dit également préoccupée par les conséquences de la crise du Covid-19 sur divers aspects de son existence. De même, il ne faut pas oublier qu'un nombre non négligeable de personnes se sent très isolé et très préoccupé. En outre, ces premières analyses ont déjà montré qu'il existe des groupes de population plus vulnérables que d’autres. Un examen plus approfondi est nécessaire pour identifier les groupes à risque et, dans l’éventualité d’une deuxième vague de Covid-19, prendre des mesures propres à prévenir l’isolement social, la solitude et l’inquiétude.

Notre analyse a présenté un aperçu de la situation pendant le confinement. Il sera intéressant de comparer ces résultats avec ceux des enquêtes de suivi afin de mieux comprendre comment le Covid-19 affecte le bien-être de la population à plus ou moins long terme.

Enquête FORS Covid-19 MOSAiCH
Afin de contribuer à la compréhension des effets du Covid-19 sur la société en Suisse, MOSAiCH a ajouté des questions sur le Covid-19 et sur les mesures prises pour y faire face. MOSAiCH est une enquête socio­logique annuelle. Les questions portent sur les thèmes du bien-être, du travail, de la conciliation de la vie familiale et professionnelle ainsi que de la politique. Entre fin avril et fin mai 2020, 1'937 personnes âgées de 18 ans ou plus vivant dans des ménages privés en Suisse ont répondu au questionnaire en ligne. Les résultats ont été pondérés statistiquement afin d'obtenir une meilleure représentativité de la population suisse. Ces person­nes seront interrogées une deuxième fois à l'automne 2020 et une troisième fois au printemps 2021 pour mesurer les effets du Covid-19 à plus long terme.


Cet article est tiré de la fiche d'information no 1 de l'enquête FORS Covid-19 MOSAiCH.


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